b l % goulet.htmTEXTMOSS8k3k3Km L'archéologie du sel, histoire et methode
L'exploitation du sel dans la France protohistorique et ses marges

Table ronde du Comité des Salines de France
Paris,  lundi 18 mai 1998

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Pierre Gouletquer :

L'archéologie du sel : histoire et méthodes d'une recherche particulière.

Résumons-nous, et supposons que le but des briquetages ait été de produire des blocs de sel qui ressemblent à des blocs de sel gemme, soit parce que le but est de faire concurrence à ce dernier, soit parce que même pour les autres produits recherchés la conservation et le transport sous cette forme représente plusieurs avantages. Malgré quelques variantes locales ou temporelles dans l'architecture des fourneaux, on se retrouva ainsi devant toute une série de constats valables pour toute la façade maritime.
 

  1. Toute la façade maritime de l'Europe offre la possibilité de pratiquer une gradation progressive des saumures grâce aux marais salants, y compris en Vendée et Charente où cette concentration concernera non plus le liquide lui-même, mais les boues salées.
  1. Dans le même espace atlantique, en tout cas au cours de l'Age du Fer, ces marais salants s'accompagnent de briquetages, dont le but manifeste est, non pas d'extraire le sel, mais bien de fabriquer des blocs calibrés. Le sel obtenu, soit par les marais salants eux-mêmes, soit par des installations de cuisson de saumure (Vendée, Charente), peut être transporté vers des "sites de confort" (situés à proximité des habitats, des carrières d'argile ou des combustibles) où se fera la mise en forme. La fosse de Conchil-Le-Temple possède toutes les qualités requise pour être une réserve de sel, et non une cuve à saumure.
  1. Depuis la Hollande jusqu'à la Baie d'Audierne, les "hand-bricks" constituent une composante à peu près constante des sites de conditionnement du sel. Ils ne sont donc pas accessoires, et jouent un rôle important dans une chaîne opératoire qui doit être à peu près la même partout, malgré les variantes locales ou régionales de l'architecture des fourneaux. On peut les interpréter comme les supports de couvercles amovibles qui permettent d'assurer une cuisson "à l'étuvée" des pains de sel.
  1. Sur la côte atlantique de la Bretagne, les fourneaux à augets ignorent les hand-bricks, mais la couverture est constituée de pierres plates. Quelques sites à augets qui semblent tardifs montrent l'adoption des hand-bricks, apparemment associés à des fourneaux de dimensions particulièrement grandes.
  1. Décrite de cette façon, la technique ne justifie pas la présence de bacs à saumure, or ceux-ci sont attestés sur toute la façade maritime, mais ils n'ont pas été décrits sur tous les sites de conditionnement du sel. Pour l'instant ils pourraient passer pour une ou des variantes de la technique principale ; il peut s'agir de variantes locales ou micro locales, comme de variantes dans le temps. Dans un cas comme dans l'autre ils pourraient être mis en relation avec une dégradation des conditions nécessaires au fonctionnement des marais salants, nécessitant l'utilisation du lessivage des sablons ou autres produits salés.

  2. Inversement, s'il était prouvé qu'ils sont associés à tous les briquetages, ils pourraient être interprétés comme un élément indispensable, la saumure étant par exemple utilisée pour réhumidifer le sel avant la cuisson. Rappelons qu'au Manga, à côté des grands bassins où est stockée la saumure en attente de cuisson, se trouvent de petits bassins dans lesquels se fait un mélange de saumure et de bouse de vache qui servira à badigeonner le fond des récipients avant la cuisson proprement dite. Il y a là une subtilité chimique dont le sens nous échappe, qui n'a apparemment rien à voir avec le sel, mais dont la signification doit être bien précise.
  1. La thèse d'Olivier  Weller consiste à montrer que cette phase protohistorique tardive a été précédée par des phases plus anciennes. Les récipients de la Charente montrent que la nécessité de fabriquer des pains de sel existait déjà au Néolithique, au moins dans certaines régions, et par conséquent que la technique existait déjà, très élaborée dans ses principes essentiels. Ailleurs - dans les autres régions susceptibles de produire du sel - il reste à montrer, non pas l'existence d'une production, mais si cette production s'est accompagnée d'un conditionnement des blocs de sel, ce qui n'est pas partout prouvé.
Cela nous amène encore une fois à nous interroger sur la ou les significations de cette mise en forme qui disparaîtra avec l'économie gallo-romaine, les marais salants, éléments essentiels de la technique continuant seuls à fonctionner, là où ils sont le plus rentables.
Beaucoup d'affirmations qui figurent dans cette synthèse peuvent paraître gratuites, aussi sont-elles présentées autant comme un arrangement possible des données que comme une incitation à provoquer de nouvelles recherches. Certaines, comme la détection d'éventuels marais salants, la reconnaissance de bacs à saumure ou de réserves de sel, ou encore les indices qui permettraient d'étayer l'idée de l'existence d'un couvercle recouvrant les fourneaux de cuisson, sont à la portée de l'archéologie la plus traditionnelle. D'autres, comme la réalisation de "méga-cristaux" de sel, relèvent d'une relance des comparaisons ethnographiques et historiques ou de l'archéologie expérimentale.
En clair, une recherche nouvelle sannonce.
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