b m pconchil.htmTEXTMOSSk4k4Km Archeologie , atelier de saunier de Conchil-le-Temple , Pas-de-Calais , France
L'exploitation du sel dans la France protohistorique et ses marges

Table ronde du Comité des Salines de France
Paris,  lundi 18 mai 1998

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 Frédéric Lemaire

L'atelier de saunage augustéen du site de Conchil-le-Temple "Fond de la Commanderie"

Lun des acquis majeurs des fouilles préalables à la réalisation de lautoroute A16, section Amiens-Boulogne, est sans aucun doute la mise au jour de plusieurs centres antiques de production de sel ignigène : à Vignacourt et Pont-Rémy, dans la Somme, à Conchil-le-Temple et Sorrus, dans le Pas-de-Calais. Celui découvert à Conchil-le-Temple est le plus récent, il est daté avec précision des deux dernières décennies avant notre ère. Il se trouvait dans l'enceinte d'une grande ferme à deux cours, une villa précoce, localisée en rive droite de l'Authie, à la limite de la plaine maritime et du plateau crayeux.

L'atelier, placé sur le côté sud de la cour agricole et artisanale, est composé principalement d'un four doté d'une sole en terre cuite et d'un réservoir à saumure d'une contenance de 4000 litres. Outre leur caractère quasi-inédit, ces deux aménagements présentaient un état de conservation remarquable.
Le four consiste en une structure en fosse, de forme oblongue à sub-rectangulaire, conservée sur 1,60 m de profondeur. Il mesure 6,20 m de long, pour une largeur moyenne de 2 m, et présente un volume conservé de 6,70 m3. La sole n'a pas été retrouvée intacte, en position originelle. Elle a littéralement fondu, et les quelques fragments plus ou moins significatifs, découverts dans le four, totalisent moins d'un quart de sa surface présumée. D'une épaisseur de 0,30 m, la sole compte 34 à 35 carneaux par mètre carré. Ces derniers mesurent 10 cm de côté, et sont distants les uns des autres de 7 cm. La tenue mécanique de la sole au dessus du foyer est problématique. Aucune trace de fixation n'a été observée sur les parois du four, et aucun support ou pilier n'a été découvert. La masse de la sole, dans l'hypothèse d'un développement sur les 2/3 de la structure, est estimée à 3 tonnes.

Les deux foyers en fosse placés aux extrémités du four sont peu profonds, et ont un diamètre de 1,50m. Leur fonction précise est tout aussi problématique que le mode de soutènement de la sole.

Le réservoir dans lequel était stockée une saumure concentrée prête à l'enfournement, est attenant au four (de bord à bord, le four et le réservoir sont distants au maximum de 1,50 m). Le réservoir se présente sous la forme d'une tranchée de 9 m de long sur 0,90 m de large, creusée dans une masse de craie artificielle. Ce bloc "construit", présente une emprise au sol de 25,6 m2. Sa réalisation a nécessité environ 16 m3 de craie, soit un volume estimé à 32 tonnes. Les traces négatives d'un cuvelage, formé de longues planches horizontales, et d'un plancher en bois étaient encore visibles sur les parois et sur la partie superficielle de la structure. Le cuvelage assurait l'étanchéité du réservoir, le plancher escamotable protégeait la saumure des intempéries. L'hypothèse d'une couverture de la structure est suggérée par les nombreux trous de poteau découverts sur le pourtour du massif calcaire.

Les moules à sel, découverts sous forme de rejets dans les installations de la saunerie (près de 10.000 frag.), sont de deux types. Tous deux sont modelés, de forme cylindrique, et de contenance voisine, mais le premier des deux types était destiné à un usage unique, alors que le second, formé de trois parties identiques et dissociables, pouvait être réutilisé. A chaque type de godet pouvait correspondre un type ou une qualité de saumure, destinée à produire un sel spécifique.
 

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